06-10-2009

Livre numérique

Vers une « napsterisation » ?



Les livres numériques ou les e-books ont longtemps été légués à la périphérie de nos pratiques culturelles. Même si l’on avançait, dans l’effervescence du début du boom du Net, que l’électronique pourrait supplanter le papier comme support par excellence de l’écriture, lire un livre entier sur un écran s’avérait tâche difficile. Mais à présent, ce reproche est devenu désuet. Les liseuses, ces lecteurs conçus pour lire les livres électroniques, sont désormais perfectionnées. En plus d’une qualité optimale de lecture qui restitue admirablement l’aspect du papier, elles offrent de plus en plus, au temps du tout séduisant écran tactile, des interactivités instinctives inouïes qui n’ont plus beaucoup à envier à notre bonne vieille pratique du livre « physique » : l’on tourne les pages avec le bout du doigt, et d’un même geste, insère les marque-pages, prend des notes, souligne le texte…

La légitimité du livre électronique est désormais chose acquise. Amazon®, le géant de la vente de livres sur Internet, mène de front l’exploitation de ce nouveau marché en mettant en oeuvre une stratégie marketing agressive. Le cheval de Troie du nouveau dada d’Amazon s’appelle Kindle®, cette liseuse exclusive d’Amazon, commercialisée à partir de 299$ qu’il essaie de mettre dans la main des lecteurs les plus assidus et nomades. C’est en partie pari réussi. Démonstration : propulsé en événement littéraire (!) mondial, le dernier livre de Dan Brown, l’auteur du phénoménal Da Vinci Code, The Lost Symbol, s’est vendu, le jour de sa parution chez Amazon, plus en version électronique qu’en version papier.

C’est sans conteste une bonne nouvelle pour l’industrie du livre numérique, mais il est encore trop tôt pour dire si cette tendance correspond à une évolution de pratique ou bien un simple effet Dan Brown.

Avec l’adoption du livre numérique, commence à faire son apparition un autre phénomène : la piraterie du livre. Contrairement à la musique par exemple, la numérisation d’un livre est longtemps demeurée une activité fastidieuse. Or, maintenant les éditeurs commercialisent de plus en plus les versions numériques des nouveautés, lesquelles sont plus facilement exploitables par les pirates pour en faire des PDF, téléchargeables en quelques secondes. Dans ce contexte, les éditeurs s’inquiètent et se demandent si la nature de leur industrie est suffisamment différente de celle de la musique pour ne pas suivre les pas de cette dernière, la catastrophe commerciale qu’a subie l’industrie du disque, communément appelée d’après le logiciel P2P Napster® la « napsterisation ».
Les bestsellers mondiaux font d’ores et déjà l’objet de piraterie massive. Ledit livre de Dan Brown existe déjà sur le Net, dit-on en 166 copies numériques non autorisées.

En tête des sites de partage de données qui favorisent la prolifération des copies piratées (Hotfile ou Megaupload) figure la plateforme Rapidshare, basée en Suisse – véritable paradis des adeptes du téléchargement sauvage. Ce service est une sorte de gigantesque disque dur à distance sur lequel les utilisateurs peuvent transférer les fichiers que d’autres utilisateurs peuvent ensuite télécharger à l’aide d’un URL unique. Certes, sur le site, il n’existe pas un catalogage des données accessible aux utilisateurs, mais pour ceux qui veulent partager un fichier donné, il suffit de publier l’URL sur un forum ou un blog que les moteurs de recherche peuvent ensuite repérer.
Sur les 166 copies illicites de The Lost Symbol, 102 seraient hébergées sur Rapidshare.

Ces nouvelles pratiques menacent donc un marché déjà très faible qui est celui du livre numérique. Aux Etats-Unis, la vente des livres numériques, enregistrée pour le premier semestre de l’année ne représentait que 1,6% du marché global des livres. L’industrie traditionnelle du livre n’a pas connu non plus depuis longtemps des chiffres encourageants. L’Association of American Publishers estime que la baisse des ventes de livres est de 18% comparée à l’année 2007.

En France, les chiffres du marché du livre ne sont pas aussi alarmants. Il n’enregistre qu’un maigre -0,1% entre 2007 et 2008. Rappelons aussi que le marché français du livre numérique n’est pas aussi florissant que dans le monde anglo-saxon. Le phénomène Kindle n’a pas encore débarqué en France. Mais la lecture des supports numériques via les Smartphones enregistre de plus en plus d’adeptes. Il serait donc judicieux, dès à présent, de réguler la circulation des livres numériques.

 

 


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